Archives de Catégorie: Poésie

Perception

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gouttes

L’émotion de la goutte d’eau, qui glisse en s’étirant sur la nervure d’une feuille d’eucalyptus, elle serpente et rencontre une autre goutte venue par un autre chemin.

 
Elles fusionnent dans un baiser de reconnaissance qui les avale d’un seul coup, une émotion qui va grossissant comme à éclater, une poignée de lumière verte qui passe au travers comme un faisceau de flèches, qui vient toucher un de mes yeux, le toucher à le mouiller, un jet de lumière minuscule et humide et l’émotion qui va grossissant…et la goutte qui chute dans le vide, juste sur un de mes pieds, si légère mais pas assez pour n’être point perçue… 

 
Un escargot qui passait à quelques centimètres et qui prit sans doute quelques « minusculaires » éclaboussures sur ses cornes-doigts, comme un éblouissement….

Ron, http://desmotsetduslience.eklablog.fr/poesie-sans-poete-c681566

Clairière

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Je sens l’appui léger de l’air sur ma peau. J’ai soif d’ouvrir les fenêtres qui me séparent de la mer et du ciel, des arbres et des vastes champs. J’ai soif de voir la magie de la lumière, de respirer les fleurs du jardin, les herbes fraîches, de toucher la terre et d’empoigner tout le réel.

Nous sommes entourés de présences – arbres, maisons, ponts, océans, – qui nous rappellent l’impermanence mais aussi l’union, la distance et la séparation mais aussi la proximité, le visible mais aussi l’invisible. L’ ici est un tourbillon d’intensités qui nous appellent et à travers lequel nous approchons l’inaccessible, et nous sommes portés au-delà d’une fracture originelle avec le monde.

À  la limite de nous-mêmes, on découvre le sans limite. Cette clairière de l’être, c’est l’Ouvert.  On y célèbre l’existence comme chant, l’inexprimable comme monde de présences,  et l’on s’abandonne à cette respiration des choses transfigurées,  à ce lieu où,  enfin,  Tout est Un.

Nous sommes des êtres de liens, mais l’on doit comprendre la nature de ces liens qui ne sont pas attachement mais résonance. Ne rien tenir, parce que rien n’est fait pour qu’on s’y tienne.

L’ Ouvert, ce lieu où l’on consent  à ce qui est, où l’on se détache pour enfin atteindre la présence, nous révèle notre lien véritable, lien sans attache, espace intérieur où l’on s’avère totalement libre, et où il n’y a jamais de rupture mais ouverture  et  transformation.

Cet Ouvert qui fusionne le proche et le lointain, accorde l’éphémère et l’éternité, les mondes intérieur  et extérieur, et où l’on touche enfin au sentiment d’être uni à la totalité, et où s’accomplit  la transformation. Ce lieu,  « je le porte en moi-même » : c’est le cœur. C’est là que se trouve la clairière de l’être. Lieu sans bord, noyau éclaté de soi-même : là je suis, là je vais. Ainsi puis-je franchir la limite.

L’accomplissement de l’Amour devient alors ce qui révèle l’infini, en porte l’essence et permet de laisser entrer le monde par tous les pores. Aimer, être aimé, dans le détachement, le dépassement de ce qui éloigne et sépare, dans l’union avec le Tout, le consentement, la pure célébration de l’Amour sans objet, sans visage. La force ardente,  l’embrasement, la flèche qui touche au-delà de sa cible. On ne sent plus le manque au-dehors mais plutôt le plein au –dedans.

Notre vision du monde tient en partie à une certaine inclinaison de notre être et, selon nos mouvements internes, les figures se modifient. On cherche, on désire plus que  tout  l’éclaircie qui mène vers l’Autre et, ce faisant, vers un agrandissement de notre être. Toute vie repose sur sa capacité de transformation. L’ Amour se penche sur la faille, la dévoile et l’éprouve : c’est l’espace nécessaire à la métamorphose.

L’étreinte des vents, Hélène Dorion,

Les Presses de l’Université de Montréal