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La pointe d’aiguille du présent

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Des vents forts secouent le paysage. Bientôt on ne distinguera ni le ciel ni la mer, on ne pourra dire voilà, c’est le ciel, voilà c’est la mer.
Je m’assoie devant la fenêtre. Je regarde cette vie qui trouble la vie, la transforme pour qu’elle s’agrandisse. Le temps passe. A nouveau je retrouve l’exacte sensation du temps suspendu au-dessus de mes pas. Je tiens sur la pointe d’aiguille du présent. Il n’y a ni passé ni futur, juste cette présence à laquelle je peux accéder, ce royaume de possibles. Tout est là, au bout de mes doigts, de mon âme, le plus petit instant contient l’univers entier, sa force et sa vulnérabilité.

Manger, dormir. Aller vers le vivant, vers l’aube qui perce le ciel, laisser le vent effleurer doucement ma peau, écouter le silence qui remue. Recommencer. Ne pas refuser la vie mais plutôt choisir chaque mouvement. Ne pas renoncer à la quête de l’Autre, mais ne pas s’y perdre pour autant. Ne pas chercher un abri- qui ne serait jamais qu’illusoire et signifierait la mort, sous diverses formes, mais entrer plutôt dans le noyau même de la vie qui peu encore s’ouvrir.

Je ne peux abandonner, laisser se refermer les innombrables chemins qui sont autant de potentialités devant moi. Je ne peux renoncer à atteindre le rivage.
Dans un monde de matière nommé réalité et fondé sur d’incessantes mutations, la mort – à travers ses diverses figures – est l’accomplissement de la transformation. Elle est aussi incontournable que le cours du fleuve, aussi nécessaire que la vie même.
Le temps s’est arrêté. Il n’y a plus d’histoire. Plus d’expérience. Tout devient un vaste champ d’énergie qui nous rappelle que le monde, loin de n’être que ce que nous en percevons, constitue plutôt un  »flux continu » en état de changement constant.

Hélène Dorion  – L’étreinte des vents P U M

Incompréhensions

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C’est cela le chemin difficile, incompréhensif, rebutant : renoncer à soi-même quand on n’avait que cela à offrir.
Michèle Mailhot

 

 

 

 

 

 

 

«Le chemin est facile pour aller vers soi, c’est renoncer à soi qui est difficile bien sûr, mais aussi parce que ce n’est pas un chemin. Si c’est difficile, incompréhensif, rebutant, autant ne pas y aller 😉
Vivre c’est comme respirer, c’est tellement plus simple.»

L’oiseau des sables

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illustration Stephane Poulin (…)

J’ai tout raconté à mon père, un homme de peu de paroles qui savait écouter. Il m’a pris par la main et nous avons marché sur la plage.

Je me rappelle encore le tumulte des vagues et les prouesses du vent. Mais mon meilleur souvenir, c’est simplement papa, marchant à côté de moi.

Nous habitions une grande île fouettée par de formidables marées et incendiée par des soleils éblouissants. L’île abritait un phare, une tour lumineuse, comme un flambeau dans la nuit pour guider les pêcheurs égarés.

C’est au pied du phare que mon père trouva la fleur de sable. On aurait dit un simple coquillage, ou peut-être un caillou, tatoué de pétales sombres et extraordinairement léger.

J’examinai longuement l’étrange objet. Puis sans m’avertir, papa émietta la fleur entre ses doigts. Cinq minuscules oiseaux s’en échappèrent. De toutes petites colombes de pierre. Ou peut-être étaient-ce des aigles blancs?

-«Tiens, c’est à toi,» déclara mon père d’une voix solennelle. «Cinq oiseaux. Chacun d’eux pourra exaucer un de tes vœux.»

Papa me dit ensuite:

-«Pour que ton vœu se réalise, tu devra marcher jusqu’à la mer ou jusqu’à un cours d’eau filant vers l’océan, et y lancer ton oiseau.»

Il fit une pause puis ajouta:

-«Prends le temps de bien réfléchir. Fouille en toi. Pour trouver l’essentiel. Le plus important.»

J’ai fait mon premier vœu.

L’oiseau des sables, Dominique Demers, Stéphane Poulin.