Archives de Tag: temps

Vers une fontaine

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Chapitre XXIII

– Bonjour, dit le petit prince.

– Bonjour, dit le marchand.

C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.

– Pourquoi vends-tu ça? dit Le Petit Prince.

– C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.

– Et que fait-on des cinquante-trois minutes?

– On fait ce que l’on veut…

« Moi, se dit Le Petit Prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine… »

Equilibre

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Quand le fil se brise,
Que l’équilibre se perd,
Se raccrocher coûte que coûte,
Retenir ce qu’il y a de plus solide,
Peu importe ce qu’il reste de viable,
L’instinct de survie prend forme,
Le temps se fait plus long,
L’esprit plus alerte, la réaction plus aiguë.

Le stress et la peur, même dans ce lieu,
Aident à retrouver l’équilibre.

Et puis, l’instant d’après,
Laisser les dernières vagues nous traverser,
Se reposer.

Doucement.
Retrouver le silence.

En dedans.
Puis dehors.

Pouvoir respirer à nouveau.

Libération, échange.

Vivre.

A l’autre horizon

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Je n’ai pas besoin d’espérer,
Je te sais et te sens à l’autre horizon, l’ami.

Détache ton étiquette, brule-la, lache-prise.
Et cette fatigue chronique que tu portes sur ton dos
Depuis tout ce temps
s’évanouira…

Ce que tu es, le vrai toi,
Tu ne le perds pas, tu n’as pas à le défendre…
Sois nu de tout,
Le hoquet a déjà pris ses valises…

La pointe d’aiguille du présent

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Des vents forts secouent le paysage. Bientôt on ne distinguera ni le ciel ni la mer, on ne pourra dire voilà, c’est le ciel, voilà c’est la mer.
Je m’assoie devant la fenêtre. Je regarde cette vie qui trouble la vie, la transforme pour qu’elle s’agrandisse. Le temps passe. A nouveau je retrouve l’exacte sensation du temps suspendu au-dessus de mes pas. Je tiens sur la pointe d’aiguille du présent. Il n’y a ni passé ni futur, juste cette présence à laquelle je peux accéder, ce royaume de possibles. Tout est là, au bout de mes doigts, de mon âme, le plus petit instant contient l’univers entier, sa force et sa vulnérabilité.

Manger, dormir. Aller vers le vivant, vers l’aube qui perce le ciel, laisser le vent effleurer doucement ma peau, écouter le silence qui remue. Recommencer. Ne pas refuser la vie mais plutôt choisir chaque mouvement. Ne pas renoncer à la quête de l’Autre, mais ne pas s’y perdre pour autant. Ne pas chercher un abri- qui ne serait jamais qu’illusoire et signifierait la mort, sous diverses formes, mais entrer plutôt dans le noyau même de la vie qui peu encore s’ouvrir.

Je ne peux abandonner, laisser se refermer les innombrables chemins qui sont autant de potentialités devant moi. Je ne peux renoncer à atteindre le rivage.
Dans un monde de matière nommé réalité et fondé sur d’incessantes mutations, la mort – à travers ses diverses figures – est l’accomplissement de la transformation. Elle est aussi incontournable que le cours du fleuve, aussi nécessaire que la vie même.
Le temps s’est arrêté. Il n’y a plus d’histoire. Plus d’expérience. Tout devient un vaste champ d’énergie qui nous rappelle que le monde, loin de n’être que ce que nous en percevons, constitue plutôt un  »flux continu » en état de changement constant.

Hélène Dorion  – L’étreinte des vents P U M

Chambre avec vues

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Philip Bloom
A room with a view: 1 year of timelapses from hotels
Une chambre avec vues: 1 an de prises de vue depuis des hôtels


Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’instant.
Autrement dit, le temps est une réalité resserrée sur l’instant et suspendue entre deux néants.

Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant

Le temps

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Je ne savais pas que soixante secondes pouvaient durer aussi longtemps. Et qu’une nuit pouvait n’avoir plus de fin. Plus de radio, car les antennes sont cassées. Plus de télé. Plus d’Internet. Plus de portable – on a eu le temps de passer de brefs appels à des proches. Ce fut un moment étrange quand on a compris qu’on ne pouvait avoir de contact à distance avec les autres. Tous les fils qui nous reliaient les uns aux autres étaient maintenant coupés. Nous ne pouvons communiquer qu’avec ceux qui sont à portée de notre voix. Le temps humain venait de se glisser dans les soixante secondes qu’ont duré les premières violentes secousses sismiques.

Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi