Archives de Tag: pensée

Douce Bohème

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Ma Bohème

                 de Rimbaud

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

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Légèreté

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Le vent et la fraicheur,
Le souffle serein de l’aube,
Une légère rosée déposée
Sur les brins d’herbe et les fleurs,
L’esprit libre d’aucune pensée,
D’aucune émotion.
J’hume les odeurs du matin.
Souffle long. Brise à nouveau.
Expiration, inspiration.
Pas de but vers le bonheur, juste cette soif de vivre bien… Légèreté.

L’oiseau des sables

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illustration Stephane Poulin (…)

J’ai tout raconté à mon père, un homme de peu de paroles qui savait écouter. Il m’a pris par la main et nous avons marché sur la plage.

Je me rappelle encore le tumulte des vagues et les prouesses du vent. Mais mon meilleur souvenir, c’est simplement papa, marchant à côté de moi.

Nous habitions une grande île fouettée par de formidables marées et incendiée par des soleils éblouissants. L’île abritait un phare, une tour lumineuse, comme un flambeau dans la nuit pour guider les pêcheurs égarés.

C’est au pied du phare que mon père trouva la fleur de sable. On aurait dit un simple coquillage, ou peut-être un caillou, tatoué de pétales sombres et extraordinairement léger.

J’examinai longuement l’étrange objet. Puis sans m’avertir, papa émietta la fleur entre ses doigts. Cinq minuscules oiseaux s’en échappèrent. De toutes petites colombes de pierre. Ou peut-être étaient-ce des aigles blancs?

-«Tiens, c’est à toi,» déclara mon père d’une voix solennelle. «Cinq oiseaux. Chacun d’eux pourra exaucer un de tes vœux.»

Papa me dit ensuite:

-«Pour que ton vœu se réalise, tu devra marcher jusqu’à la mer ou jusqu’à un cours d’eau filant vers l’océan, et y lancer ton oiseau.»

Il fit une pause puis ajouta:

-«Prends le temps de bien réfléchir. Fouille en toi. Pour trouver l’essentiel. Le plus important.»

J’ai fait mon premier vœu.

L’oiseau des sables, Dominique Demers, Stéphane Poulin.